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Marie-Christine de Lavergne
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Contact organisateur :
AIRCRIGE
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M. Gérard Prunier Historien, chargé de recherches au CNRS, spécialiste de l'Afrique de l'Est et des Grands Lacs, Directeur du CFEE (Centre français d’études éthiopiennes)
M. Noël Mamère Député de Gironde
Mme Catherine Coquio Présidente d’AIRCRIGE (Association Internationale de Recherches sur les Crimes contre l'Humanité et les Génocides)
Darfour, un génocide ambigu, à paraître à La Table Ronde,
Entretien entre Gérard Prunier et Noël Mamère
Précédé d’une introduction par
Catherine Coquio, Présidente d’AIRCRIGE
"Le conflit au Darfour a fait en deux ans près de 400.000 morts (1) , plus de deux millions de déplacés, et 200.000 réfugiés au Tchad.
Pendant ce temps-là, pourtant, le Soudan était placé sous le regard de la « Communauté internationale », soucieuse des négociations entre le gouvernement et le SPLA (Mouvement de Libération du Peuple Soudanais) : celles-ci débouchèrent sur la paix du 9 janvier 2005, après une guerre civile de deux décennies, qui a fait 2 millions de victimes.
Qu’en est-il aujourd’hui de cette paix fragile, après la disparition récente de John Garang, tandis que les crimes continuent au Darfour, mais aussi dans le Sud du pays?
Les milices au service de Khartoum, recrutées parmi certaines tribus arabes, continuent de sévir contre les populations : au Darfour, avec viol ethnique dont sont victimes les femmes jusque dans les camps de réfugiés, c’est à présent l’égorgement des enfants. Le travail des ONG est sans cesse empêché par le régime : menaces et tracasseries administratives, arrestations d'expatriés, assassinats de personnel local. Un rapport de Médecins Sans Frontières sur les crimes sexuels commis au Darfour a valu à deux membres, au printemps 2005, l’arrestation pour « crime contre le Soudan » (2) .
Publiant son livre Darfour : un génocide ambigu, Gérard Prunier s’est vu menacé de procès en diffamation par l’ambassade du Soudan (3).
Qu’en est-il des intentions réelles du gouvernement soudanais ? Que signifient ces rébellions et massacres en chaîne, région après région ? L’histoire du Darfour, et la place de cette région dans le jeu des forces sociopolitiques et ethniques au Soudan, font que l’actuelle situation est en certains points spécifique. Mais ces violences s’intègrent dans une suite : celle des politiques raciales que le gouvernement soudanais a eues et continue d’avoir vis-à-vis des peuples identifiés comme non arabes - ceci depuis 1983, et surtout depuis qu’une junte militaro-intégriste a pris le pouvoir en 1989. Après les Nubas (contre lesquels fut lancé un appel au Djihad en 1992), le Bahr El Ghazal (1998) et les massacres en zones pétrolifères (1999-2003), le Darfour est à son tour le lieu de tueries et supplices insensés.
Le fait que les victimes du Darfour soient musulmanes, et non, comme au Sud et dans les Monts Noubas, animistes ou chrétiennes, montre que ces politiques de terreur et d’extermination se pensent comme une guerre de "race" et non de religion. Il ne s’agit pas seulement d’un difficile partage du pouvoir, des richesses et du territoire, mais d’une guerre contre les Noirs, dès lors que ceux-ci pensent aussi ou d’abord comme tels, entrant alors en rébellion.
Il convient d’interroger, et si possible de cerner le caractère génocidaire de ces politiques, que la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, devrait dès lors empêcher. Après les résultats accablants de la commission d’enquête dépêchée par l’ONU, la situation au Darfour a été déférée à la Cour Pénale Internationale par le Conseil de sécurité. Mais qu’en est-il réellement de la volonté politique des Etats susceptibles de faire changer cette situation ? Qu’en est-il de l’opinion française et occidentale, dont la passivité fait loi depuis des décennies, en pleine banalisation de l’atrocité ?"
(1) Chiffre avancé par G. Prunier. L'ONU, dont les estimations sont à revoir à la hausse la plupart du temps, parlait en mars 2005 de 200.000 morts de maladies et d'épidémies, de 50.000 tués - fusillés, poignardés et brûlés - et de 2, 4 millions de déplacés, dont 1 million en 2004.
(2) Ils ont depuis été relâchés. L’accusation de « crime contre l’Etat » leur faisait risquer la pendaison
(3) Relayée en France par l'association "Défense Soudan", dont les représentants ont trouvé tribune au Monde
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